Vers une stratégie de développement de l’industrie du bois dans le bassin du Congo

Emile Ouosso parle de la stratégie de développement de l'industrie du bois dans le bassin du Congo

Les gouvernements des pays du bassin du Congo se sont concentrés sur le développement des marchés locaux, régionaux et continentaux des produits du bois. Cette orientation trouve un nouvel écho parmi les entreprises formelles du secteur du bois. La chaîne de valeur du bois dans le bassin du Congo, du moins celle qui fait partie de l’économie formelle, pourrait contribuer davantage aux économies nationales et sous-régionales en développant des activités de transformation qui généreraient de la valeur ajoutée, de la richesse nationale et de l’emploi. Et c’est ce que les gouvernements des pays du bassin du Congo ont demandé ces dernières années.

Développer la transformation du bois dans le Bassin du Congo

Ces dernières années, les gouvernements du bassin du Congo se sont concentrés sur le développement des marchés nationaux, régionaux et continentaux des produits du bois.

Cette orientation trouve un nouvel écho parmi les entreprises formelles du secteur du bois, car leurs marchés d’exportation traditionnels, principalement en Europe, se rétrécissent progressivement et se concentrent sur un nombre limité d’espèces. Le marché européen exige de la qualité et un approvisionnement efficace et ponctuel, des exigences que les entreprises du bassin du Congo ont parfois du mal à satisfaire.

La crise économique a également joué un rôle important dans la réduction des marchés européens pour le bois provenant du bassin du Congo. Les marchés asiatiques en expansion veulent des matières premières, mais aussi des produits du bois, et manifestent un intérêt croissant pour une large gamme d’essences. Les normes requises ne sont pas aussi élevées que celles du marché européen, bien que cette situation évolue rapidement.

La stratégie visant à développer la transformation du bois dans les pays du bassin du Congo jusqu’au produit final s’articule autour de quatre axes prioritaires : une volonté politique ferme et un climat commercial favorable ; un accès facilité aux intrants ; la création d’une chaîne de valeur structurée ; et la structuration de marchés formels rentables.

Construire des marchés formels rentables

Le marché existe déjà : L’Afrique importe chaque année des produits en bois pour une valeur de 4 milliards de dollars, mais seulement 10 % proviennent du continent lui-même, ce qui signifie que le potentiel est considérable. L’Afrique est l’une des régions du monde qui connaît la plus forte croissance économique. Elle compte une population de 1,05 milliard d’habitants, dont 400 millions vivent dans les villes et consomment donc plus que les habitants des campagnes.

La fabrication de produits finis et semi-finis en bois, en particulier la construction de maisons, a le potentiel d’être le principal créateur d’emplois qualifiés. Pour conquérir ces marchés, il faut une production de masse standardisée et de bonne qualité ; il faut aussi maîtriser les coûts et obtenir une meilleure productivité face aux importations non seulement de produits en bois mais aussi de produits de matériaux concurrents (aluminium, etc.).

Cela permettrait d’améliorer la balance commerciale des pays et de créer des emplois et de la richesse en générant une valeur ajoutée au niveau local.

Profiter de la différenciation des marchés au niveau continental

Bien que les marchés africains représentent un potentiel en soi, ils sont relativement complexes, étant en plein développement. Cela signifie que seules les entreprises disposant d’un certain niveau de trésorerie peuvent en tirer profit, dans la mesure où cela nécessite un investissement dans des domaines tels que les études de marché et d’accessibilité, le marketing, la compétence en matière de transactions financières internationales, des conditions de paiement claires et des garanties.

Le marché sous-régional de l’Afrique centrale est plus accessible et extrêmement prometteur : il peut être développé en accélérant la facilitation du commerce sous-régional, en ouvrant les marchés, en garantissant l’approvisionnement, les paiements et la qualité des produits, en concluant des accords de partenariat avec des entreprises étrangères et en optimisant les sous-produits. Elle nécessite également une certaine normalisation, ainsi qu’un traitement égal des acteurs par l’administration.

Il faut donc établir des liens entre l’offre et la demande au sein des sous-groupes régionaux en facilitant les déplacements, en améliorant l’information sur les marchés et en organisant des foires et des salons. Cela contribuerait à consolider l’offre, qui est aujourd’hui très fragmentée, et à développer la production de masse, ce qui permettrait de réduire les coûts et de susciter l’intérêt des acteurs de la chaîne de valeur.

Conclusions

L’industrie forestière de transformation du bois représente un potentiel de développement durable dans le bassin du Congo. Pour réaliser ce potentiel, les grandes entreprises forestières et du bois (qui sont majoritairement étrangères) doivent évoluer, ne serait-ce que pour leur propre survie. Le marché européen se ferme rapidement aux bois tropicaux, en raison non seulement de la crise économique, mais aussi de nouvelles exigences. Dans l’ensemble, l’industrie ne peut plus compter sur de nouvelles zones pour l’expansion de l’extraction forestière, mais doit recourir à la création de valeur ajoutée pour de nouveaux marchés africains.

Actuellement, la majeure partie de la transformation et de la valeur ajoutée du bois destiné au marché local se fait dans le secteur informel. Cela représente un manque à gagner pour l’État et une concurrence déloyale pour les entreprises officiellement établies, et contribue à un manque de transparence dans le secteur, ce qui exacerbe la difficulté de développer une chaîne de valeur nationale qui soit solide, permanente et durable.

Cependant, il est difficile, voire parfois délicat, de réglementer le secteur informel, car il est lucratif pour bon nombre d’acteurs et l’exploitation des ressources en bois est l’une des activités économiques ayant le plus grand impact financier sur les habitants des zones rurales. Pour les entreprises forestières, il existe un lien direct entre une approche de gestion durable des forêts et une approche “industrielle” axée sur l’amélioration des rendements et la transformation des essences secondaires (ou des produits jugés impropres à l’exportation) en produits à haute valeur ajoutée destinés aux marchés nationaux, sous-régionaux, continentaux ou internationaux.

Cet accent mis sur la transformation implique de proposer un modèle plus axé sur la qualité que sur la quantité, et plus soucieux de la ressource forestière elle-même. L’intégration du secteur informel, grâce notamment à la sous-traitance, serait bénéfique non seulement pour les PME-PMI, mais aussi pour le secteur formel.

Cela nécessitera une volonté politique ferme et un climat d’affaires favorable, la création d’une chaîne de valeur structurée et un accès facilité au financement, à la formation, à l’équipement et l’entretien routier pour le transport souligne Emile Ouosso. Les pistes de réflexion proposées ici, basées sur les points de vue des acteurs de la filière bois, sont proposées comme point de départ pour l’élaboration de stratégies nationales de développement durable de l’industrie forestière dans le Bassin du Congo.